décembre 30, 2025

Postes de prise de décisions : Mesdames, c’est pas gagné !

Du judiciaire à l’exécutif, les femmes peinent à rattraper les 30% d’occupation des postes clés. A la tête des juridictions, elles grimpent progressivement mais ne font pas encore le compte. Dans l’exécutif, il n’y a toujours eu de femme Premier ministre, ministre d’Etat ou gouverneur de région. Il y a quelques acquis, mais le travail reste encore important.

Le 6 novembre 2025, Paul Biya prête serment pour son huitième mandat comme président de la République du Cameroun. Lors de son discours inaugural, il annonce une plus grande place pour les femmes et les jeunes dans divers secteurs d’activités et à des postes de responsabilité. Le 20 novembre, soit deux semaines jour pour jour après l’annonce, une femme est nommée procureur général de la Cour suprême du Cameroun. Marie-Claire Dieudonnée Nseng Elang est alors la première femme de l’histoire à occuper cette haute fonction dans le pays. Beaucoup exultent face à ce premier acte. Et ce n’est pas un hasard. Chaque avancée qui place les femmes en pole position de pouvoir est accueillie avec fierté. Avec une population estimée à 24 348 251 habitants en 2019, les femmes sont les plus nombreuses, à hauteur de 51%. Pourtant, dans les sphères de pouvoir et de décision, un déséquilibre réel demeure entre les hommes et les femmes. Des mesures existent certes pour faire bouger les lignes, mais elles ne permettent pas encore un équilibre pour les deux sexes.

Marie-Claire Dideudonnée Nseng Elang, procureur général de la Cour suprême du Cameroun.

Pour le secteur de la magistrature qui exulte en premier, les femmes ne représentent même pas 30% des effectifs des magistrats. Le rapport du ministère camerounais de la Justice (Minjustice) contenu dans le Profil genre du Cameroun, révèle que le pays comptait 1833 magistrats en 2020. Seules 602 femmes sont enregistrées, contre 1231 hommes. Pour pousser plus loin, dans la classification la plus élevée de cette corporation, le pays compte au total 53 magistrats hors hiérarchie 1er groupe. A ce niveau, seules 14 femmes sont enregistrées. Marie-Claire Dieudonnée Nseng Elang, le nouveau procureur général de la Cour suprême, fait partie de cette élite.

De manière générale, les femmes sont moins présentes aux postes de responsabilité dans le secteur judiciaire. En effet, le rapport du Minjustice en 2020 relève par ailleurs une plus forte présence masculine au niveau des juridictions et de la chancellerie. Dans le détail, seule une femme est procureur dans un tribunal de première instance, sur les 14 que compte le pays. De même que seules six femmes sont présidentes de tribunal de première et de grande instance sur les 45 du pays.

Cour d’appel du Centre au Cameroun.

Le pouvoir dans l’exécutif

Les postes de responsabilité sont encore plus importants au niveau administratif et exécutif. Le Document de Politique nationale genre 2022-2030 au Cameroun produit par le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille (Minproff) publié au mois de novembre 2025 montre que le taux de représentation féminine reste en-dessous des normes conventionnelles, notamment les 30% de la Convention de Beijing et les 50% de l’Union africaine et des Nations unies. Dans certains cas, les femmes sont inexistantes dans les postes de responsabilité. Et même, la représentation féminine est davantage importante dans les positions d’accompagnement, notamment en termes de vice-présidente ou d’adjoint.

La présence féminine à ces postes de responsabilités est le reflet d’une évolution assez récente. En effet, les positions de prise de décisions n’ont pas toujours été évidentes pour les femmes. Au sein du gouvernement, toujours aucune femme n’a occupé les fonctions de Premier ministre, vice-Premier ministre ou ministre d’Etat au Cameroun. Sur un effectif de 65 membres du gouvernement, seules 11 sont des femmes. Le palmarès genre des administrations publiques, élargi aux organismes publics et parapublics et conduit par le ministère de la Promotion de la femme et de la famille montre que sur 8405 postes clés, moins de 30% de femmes sont aux commandes. Seules 2435 occupent un poste de responsabilité, contre 532 pour les hommes.

Siège de l'Assemblée nationale du Cameroun
Siège de l’Assemblée nationale du Cameroun.

Par ailleurs, la participation politique évolue en termes de responsabilité, mais également de participation citoyenne. Ainsi, pour la gestion des collectivités territoriales décentralisées, les femmes ont un taux de représentativité assez important. 327 femmes parmi les 958 adjoints aux maires des communes que compte le Cameroun. Soit près de 35% de présence. Augmentation similaire au niveau des sièges de chefs d’exécutifs communaux. Ainsi, les 39 femmes maires du Cameroun représentent 10,83% de l’ensemble de ces élus locaux. Bien loin des taux de 6,9% (2013) et de 6,7% (2007) enregistrés lors des échéances antérieures. Les élections législatives et municipales prévues en 2026 sont un nouveau test pour s’assurer de l’intérêt et de la place réelle des femmes à ces postes clés.

Cette situation est aussi le reflet de plusieurs défis auxquels les femmes font face en société. Le Profil genre du Cameroun en identifie quelques-uns. A savoir : l’insuffisance de maîtrise des droits politiques par les femmes ; le faible engagement politique des femmes, ainsi que les pesanteurs socioculturelles et discriminatoires à l’égard des femmes dans certaines localités. Des obstacles se dressent aussi dans la promotion des femmes dans les postes de nomination pour atteindre la parité. En autres : les préjugés, le regard désobligeant des hommes, les pesanteurs traditionnelles, le tribalisme, les peaux de banane, les barrières psychologiques, le manque de moyens, l’insuffisance de formation et d’information politique des femmes, le masochisme de certains hommes, le manque de solidarité entre les femmes. Le chemin semble encore long pour imposer les femmes aux postes de responsabilités.

Alexandra TCHUILEU

Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth , financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).

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